Tous végans? Est-ce écologique de manger de la viande ?
Tous végans? Est-ce écologique de manger de la viande ?
Tous végans? Est-ce écologique de manger de la viande ?

Personnellement, je suis végétalienne depuis quelques années et végétarienne depuis que j’ai 16 ans, mais je suis complètement compréhensive envers les gens qui mangent de la viande. Compréhensive ne signifie pas que je n’ai aucune critique à émettre au sujet de la consommation de viande.

Au début du 19e siècle, un adulte consommait environ 10 kg de viande par an – aujourd’hui, c’est 43 kg. En 2018, on estime que 69 milliards de poulets, 1,5 milliard de porcs, 656 millions de dindes, 574 millions de moutons, 479 millions de chèvres et 302 millions de bovins ont été tués pour la production de viande. C’est beaucoup, n’est-ce pas ? Il devient de plus en plus évident que pour produire une quantité aussi impressionnante de viande, il faut un système d’élevage et d’abattage industrialisé. L’organisme L214 nous montre parfaitement la face cachée de l’industrie de la viande avec leurs reportages choquants. Ce que nous montrent les images de L214 ce sont souvent les conditions de fin de vie des animaux. Mais il ne faut pas oublier que le quotidien des animaux de l’élevage industriel est également déplorable. Pour ne pas vous infliger un visuel trop choquants je vais vous donner l’exemple simple du saumon d’élevage. C’est un poisson d’environ 75 cm de long dont l’espace de vie est réduit à… une quantité d’eau qui corresponds à la taille d’une baignoire. Je vous épargne les détails cruels et trop difficiles à supporter sur la condition des porcs, poulets et autres.

Des animaux trop serrés – problème sanitaire pour les humains

En réalité, nous n’avons même pas besoin d’une visualisation macabre pour comprendre que les conditions de vie de ces animaux sont catastrophiques. Il y a beaucoup d’autres données qui nous démontrent à quel point la reproduction intensive est nuisible. L’élevage industriel des animaux – et ceci sans exception : des poissons aux poulets, en passant par les bovins – nécessite d’énormes quantités d’antibiotiques. Les animaux sont trop serrés (ils se frottent, se marchent les uns sur les autres ou n’ont pas d’espace pour bouger), sont stressés, sont nourris avec un régime monotone et vivent sans contact avec le soleil ou l’air frais. Toutes ces éléments réunis les rendent extrêmement vulnérables aux infections. À cette fin, des tonnes d’antibiotiques leur sont administrés. Environ 80% des antibiotiques utilisés dans le monde sont distribués uniquement au bétail. Et cela conduit à un nouveau problème épidémiologique qui peut rapidement prendre une dimension mondiale : le développement des bactéries résistantes aux antibiotiques chez les hommes. Selon les données des Centers for Disease Control and Prevention rien qu’aux États-Unis, 2,8 millions d’infections sont déjà causées par ces bactéries chaque année et 35 000 décès s’ensuivent.

« (…) l’utilisation endémique des médicaments a mené à des « superbactéries » qui sont de plus en plus résistantes aux antibiotiques qui sont utilisés pour traiter non seulement les animaux de ferme, mais aussi les humains. En fait, près de 70 % des antibiotiques administrés à ces animaux sont considérés comme « importants sur le plan médical » pour les humains. (…) Un récent rapport commandé par le gouvernement britannique estime que les microbes résistants aux médicaments pourraient causer plus de 10 millions de décès et coûter 100 billions de dollars à l’économie mondiale d’ici 2050. »

The Atlantic, janvier 2015

Nos ancêtres étaient « végé »

N’oublions pas que nos ancêtres étaient végétariens. Notre anatomie en témoigne : nous avons un tube digestif très long (parce que les fruits et légumes nécessitent beaucoup plus de travail de digestion), nos molaires sont larges, notre langue est molle et les enzymes digestives sont très faibles. C’est lorsque l’Afrique s’est refroidie il y a 2,5 millions d’années, que les steppes de savane sont apparues et que la quantité de fruits a diminué que nos ancêtres ont introduit de la viande dans notre alimentation. Maintenant, à notre époque, la viande fait partie de notre tradition socioculturelle. Nous sommes élevés en mangeant de la viande. Et il est important de noter que notre corps l’aime aussi – c’est une source de protéines et microéléments ultra-rapides. Et comme notre cerveau a besoin de beaucoup de ressources – environ 25 % de notre apport calorique quotidien alimente notre cerveau. Dès lors que l’on mange de la viande, ce dernier nous informe : « J’adore cette ressource » et c’est la raison pour laquelle nous trouvons la viande délicieuse.

On est riche – on mange de la viande

Le problème, c’est que dans le monde moderne, nous mangeons beaucoup trop de viande. Oui, si je dois rendre justice aux statistiques, elles montrent que ce sont les pays en voie de développement, les pays asiatiques comme la Chine, suivis par l’Inde, etc., qui sont responsables de l’augmentation de sa consommation. Mais nous, les Occidentaux, nous avons aussi notre part de responsabilité. En Occident, nous avons créé une image de la viande comme ressource privilégiée dont la consommation détermine notre statut économique en tant que société. Des pays comme la Chine ou l’Inde – avec une population exponentielle qui mesure leur niveau de vie en se comparant aux normes occidentales – ont tout simplement commencé à copier notre façon de vivre et à consommer de grandes quantités de viande, même si cela ne faisait pas partie de leur culture. Nous sommes responsables d’avoir créé et diffusé la « mode » de la viande. Et c’est à nous de la changer. Parce que si rien ne bouge, avec le même style de vie dans 30 ans, chaque personne humaine mangera en moyenne 52 kg de viande par jour… et nous serons déjà 9,7 milliards au lieu de 7,7. C’est à nous, les sociétés occidentales, de créer des nouvelles modes culinaires, des nouvelles mesures de richesse.

Voici quelques statistiques récentes sur le prix environnemental de la viande.

  • 70% des terres utilisées pour l’agriculture servent à la production de viande et de produits laitiers. – 70% de nos ressources sont utilisées pour produire seulement 15% de notre nourriture
  • 1/3 de l’ensemble des céréales est destiné à nourrir 22 milliards d’animaux d’élevage
  • 7 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire ½ kg de bœuf
  • L’Amazonie est rasée pour cultiver du soja destiné à l’exportation pour nourrir les animaux. Seulement au Brésil cette année, on a utilisé 33 millions d’hectares de forêt rasée dans ce but. C’est 330 000 km2 – soit l’équivalent de la moitié de la France
  • 844 millions – c’est le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de malnutrition.

J’ai glissé dans cette liste le nombre des gens en malnutrition pour souligner que ce problème-là n’est pas lié au manque de ressources de notre planète mais à l’appropriation de ces ressources par des sociétés « riches ».

Tous végétaliens ?

Selon les chercheurs, au moins 75 pour cent des calories de la viande et des produits laitiers devraient être remplacés par une quantité équivalente de céréales et de légumineuses. Le problème est que les gens ne veulent pas manger de soja ou de pois chiches, mais des steaks et des côtelettes. La viande est savoureuse, facilement disponible et bon marché, sa nourriture appartient à notre tradition, de sorte que des modèles solides et des habitudes se sont développées. Le processus peut prendre jusqu’à 50 ans avant que nous commencions vraiment à réduire la consommation de viande – et le problème est malheureusement beaucoup plus urgent. Il est très difficile d’être végétalien, mais faisons-le au moins 5 jours par semaine. Car nous devrions commencer dès que possible. J’ai une bonne nouvelle, on peut déjà commencer par faire attention à notre gaspillage alimentaire. Apparemment, si nous cessons de créer ce genre de gaspillage, nos achats de produits d’origine animale diminueraient déjà de 20%.

Et juste pour vous motiver : une personne en régime végétalien pendant un an sauve 365 animaux et économise : 1,5 millions de litres d’eau, 6 600 kg de grains, 1 000 m² de forêts et diminue l’émission de CO2 de 3 300 kg. (essayez de le multiplier par 7 milliards).

Ah, et en plus c’est mauvais pour notre santé

N’oublions pas les effets nocifs de la consommation de viande sur nos organismes. Même si la viande est une source rapide et facile de protéines, de microéléments et de certaines vitamines, elle est aussi pleine de graisses saturées qui sont extrêmement dangereuses pour notre corps. Le rapport de l’Organisation mondiale de la santé de 2015 incluait la viande transformée dans le groupe cancérogène no 1 – c’est le même groupe où l’on trouve l’alcool et les cigarettes ! La viande rouge est placée dans le catégorie de danger numéro deux. Mais en plus de cela, il y a aussi d’innombrables liens entre la consommation de viande et l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires.

Tous les cinq ans, le département de la Santé et du Bien-être social des États-Unis nomme un groupe d’experts chargé d’examiner la recherche dans le domaine de la diététique. Les conclusions du dernier rapport sur la nutrition optimale pour la santé appellent à consommer des fruits entiers, des légumes, des céréales, des noix et des légumineuses. On n’a fait que mentionner les produits laitiers, les identifiant comme une source potentielle de nutriments. On n’a pas parlé de la nécessité de la viande.

On se lance ?

Maintenant, je ne vais pas vous dire – devenez tout végétaliens tout de suite. Cependant, je suis absolument pour que la viande devienne un produit coûteux et exclusif. Un peu comme le bœuf Kobe au Japon (la viande est réputée délicieuse, car les bœufs ont un traitement de luxe – ils ont même des sessions de massages et les gens sont prêts à payer un prix exorbitant pour leur viande). Je pense que grâce à des organisations comme L214 les gens commencent à prendre conscience de la cruauté de l’industrie de la viande. Et je suis sûre que beaucoup de ceux qui veulent continuer à consommer des produits d’origine animale seront en mesure d’accepter de payer le prix plus élevé et de manger de la viande plus rarement – juste pour être certain que l’animal a vécu une vie plus digne.

Et c’est à nous de déterminer que le pois-chiches est « in » et que la viande est « out »:) N’oublions pas que le monde nous regarde et nous copie. On est des « trend setters » de la planète.

Avez-vous déjà diminué la consommation de viande ? Êtes-vous prêt à être végétalien à temps partiel ? Mangez-vous de la viande parce que vous pensez que c’est nécessaire ? Laissez-nous vos commentaires.

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